Aïcha Mohamed Robleh : une voix majeure de la culture djiboutienne honorée par l’Ordre des Arts et des Lettres

Mercredi, l’Ambassade de France à Djibouti a décoré Aïcha Mohamed Robleh du grade de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, l’un des insignes culturels les plus prestigieux du ministère français de la Culture Le choix du ministère français de la Culture met en lumière un parcours hybride – à la fois artistique, intellectuel et administratif – qui a façonné, depuis plus de trois décennies, une grande partie de la création théâtrale du pays.

Une créatrice issue du monde du droit

Juriste de formation, spécialisée en droit du travail, Aïcha Mohamed Robleh débute sa carrière dans l’administration avant de s’engager dans le théâtre. Dans les années 1990, elle fonde la troupe La Voix de l’Est, qui devient rapidement un espace d’expérimentation artistique abordant les normes sociales, les rapports de genre et les tensions entre tradition et changement.

Ses œuvres – notamment La Dévoilée, reconnue par l’UNESCO – s’imposent comme des pièces pionnières dans un paysage culturel encore peu institutionnalisé. Elles y introduisent une écriture féminine, directe, parfois frontale, qui questionne la place de la femme dans la société djiboutienne et ouvre des débats jusque-là peu visibles dans l’espace public.

Entre engagement artistique et responsabilités publiques

Le parcours d’Aïcha Robleh se distingue également par son ancrage institutionnel. Élue députée en 2003, puis nommée ministre chargée de la Promotion de la femme et du Bien-être familial en 2005, elle occupe un rôle clé dans la structuration des politiques sociales du pays. Cette double trajectoire lui permet d’articuler création et action publique, notamment sur des sujets sensibles tels que les mutilations génitales féminines, qu’elle portera jusqu’au cinéma avec un long métrage tourné en 2015.

L’Ordre des Arts et des Lettres : une reconnaissance internationale

Créé en 1957, l’Ordre des Arts et des Lettres distingue des personnalités ayant contribué au rayonnement des arts et de la culture. Le grade de Chevalier, premier niveau de cet ordre honorifique, récompense les créateurs dont l’influence dépasse le cadre national et participe à une dynamique culturelle plus large.

En décorant Aïcha Mohamed Robleh, la France souligne non seulement son travail artistique, mais aussi son rôle dans la défense des droits des femmes, la promotion du théâtre comme outil social, et la valorisation de la francophonie dans la région.

Un enjeu pour la scène culturelle djiboutienne

Cette distinction intervient dans un contexte où les milieux artistiques djiboutiens demeurent confrontés à des défis structurels – faible soutien institutionnel, manque d’espaces de création, rareté des financements. Le parcours d’Aïcha Robleh incarne, pour nombre de jeunes artistes, un modèle d’engagement et de persévérance.

Au-delà de la reconnaissance individuelle, cette décoration rappelle l’importance de structurer durablement le secteur culturel djiboutien, afin que ce type de parcours ne demeure pas l’exception mais devienne une référence accessible.

Un symbole et un signal

Pour la diplomatie française, cette remise d’insigne s’inscrit dans une stratégie de valorisation des créateurs de la région. Pour Djibouti, elle constitue un signal fort : celui d’un patrimoine culturel vivant, porté par des personnalités capables d’inscrire leurs œuvres dans des dynamiques internationales tout en restant ancrées dans les réalités sociales locales.

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