Afar : nouvelle agression venue du Tigré, les autorités dénoncent une violation du territoire

Le gouvernement régional afar a accusé le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et des forces qui lui sont affiliées d’avoir mené, le 5 novembre, une incursion armée sur son territoire. Selon un communiqué publié mardi soir, six villages du district de Megale, dans la zone 2, ont été pris de force, tandis que des pasteurs civils afar ont été bombardés à l’arme lourde, notamment au mortier et au canon antiaérien ZU-23.

Une violation ouverte de l’accord de Pretoria

Les autorités régionales dénoncent une attaque « préméditée et illégale » contre des communautés pastorales, en violation directe de l’accord de paix signé à Pretoria en novembre 2022, qui avait mis fin à deux années de guerre dévastatrice dans le nord de l’Éthiopie.
« Le groupe a repris ses actes de terreur coutumiers », indique le communiqué, précisant que des anciens et notables afar ont tenté, en vain, d’obtenir le retrait des assaillants.
Face à ce qu’elle qualifie de « provocation grave », la région afar avertit qu’elle « assumera pleinement sa responsabilité de défendre la sécurité de ses citoyens et l’intégrité de son territoire ».

Le spectre d’un conflit aux plaies ouvertes

Entre 2020 et 2022, la région du Tigré fut l’épicentre d’une guerre meurtrière opposant le TPLF à l’armée fédérale éthiopienne. Ce conflit, qui s’est propagé jusque dans les régions voisines d’Afar et d’Amhara, aurait fait près de 600 000 morts, selon les estimations de l’Union africaine.
Les forces afar, engagées alors aux côtés de l’armée nationale, avaient payé un lourd tribut pour défendre leurs localités et maintenir ouvertes les routes stratégiques reliant Addis-Abeba à Djibouti. L’attaque actuelle, affirment les autorités régionales, « détruit ouvertement l’accord de Pretoria » et remet en cause les équilibres durement obtenus depuis deux ans.

Cette résurgence de violence intervient alors que le TPLF traverse une profonde crise interne. Radié en mai 2025 de la liste officielle des partis politiques par le gouvernement fédéral, le mouvement tigréen apparaît de plus en plus isolé. Plusieurs de ses anciens cadres militaires ont créé des factions concurrentes, dont les Tigray Peace Forces (TPF), actives le long de la frontière afar.
Certaines de ces unités auraient déjà été arrêtées dans les villes de Semera et Dubti, tandis que d’autres opèrent dans des zones échappant au contrôle des autorités régionales. Cette fragmentation alimente les tensions et crée un terrain propice aux provocations armées.

Selon un rapport publié par Africa Intelligence en mai, Addis-Abeba aurait encouragé la création de groupes tigréens rivaux dans la région afar pour contenir les ambitions du noyau dur du TPLF accusation que le Premier ministre Abiy Ahmed a démentie en juillet devant le Parlement.

Un jeu dangereux pour la stabilité régionale

Getachew Reda, aujourd’hui conseiller du Premier ministre pour les affaires de l’Afrique de l’Est, a accusé des éléments du TPLF d’utiliser la frontière afar comme levier pour rallumer le conflit. « Ce groupe rétrograde cherche à entraîner le gouvernement fédéral dans la guerre au profit de son maître, Shabi’a », a-t-il déclaré, en allusion au régime érythréen.

Il a appelé les généraux tigréens Fisha Manjus et Yohannes Medid à « cesser immédiatement leurs activités de provocation », affirmant que le gouvernement fédéral s’était jusque-là « abstenu de toute riposte » malgré des « provocations répétées ».

Une région en première ligne

Les autorités afar, souvent en première ligne lors des précédentes offensives du TPLF, dénoncent une nouvelle tentative de déstabilisation visant à fragiliser le fragile équilibre instaurer après Pretoria. Pour elles, la paix ne peut être consolidée qu’à travers le respect des frontières et la reconnaissance du rôle des communautés riveraines dans la stabilité nationale.


Cette flambée de tension illustre la fragilité du processus de paix et la position charnière de la région afar, devenue malgré elle un bouclier territorial entre des ambitions rivales. Entre un Tigré fracturé, un pouvoir central méfiant et des communautés pastorales sous pression, la frontière Afar–Tigré demeure un foyer d’instabilité. Pour les Afars, cette nouvelle agression n’est pas seulement une violation territoriale : c’est la réapparition d’une menace qu’ils pensaient conjurée, celle d’être à nouveau le champ de bataille des autres.

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