
La suspension du secrétaire général du ministère délégué chargé de la Décentralisation a pris de court une partie de l’opinion publique djiboutienne. Annoncée par une note de service en date du 6 novembre, la décision, signée du ministre Kassim Haroun Ali, n’indiquait ni motif ni durée.
Une prise de position intellectuelle en toile de fond ?
Les observateurs rappellent que le haut fonctionnaire suspendu s’était récemment exprimé sur des questions historiques sensibles, contestant certaines lectures réductrices du rôle des Afars dans la lutte pour l’indépendance. Des propos tenus sur un ton mesuré.
Officiellement, rien ne relie ces déclarations à la mesure prise, mais la proximité temporelle des deux événements alimente les spéculations. Faut-il y voir une coïncidence, ou le signe d’une intolérance grandissante à la parole critique au sein de l’État ?
Une administration sous tension
L’affaire relance la question de la liberté d’expression des fonctionnaires, et de la frontière entre devoir de réserve et droit à la réflexion publique. Dans un pays où les institutions sont fortement hiérarchisées, toute prise de parole d’un cadre supérieur sur des sujets sensibles peut être interprétée comme un acte politique.
La suspension, même légale, interroge donc la capacité de l’administration djiboutienne à accepter la contradiction intellectuelle sans la confondre avec l’insubordination. Au-delà du cas individuel, c’est la maturité du débat public et la tolérance institutionnelle face à la pensée critique qui se trouvent posées.nserver sa fonction publique ? La question dépasse un simple ministère : elle touche à la conception même du service public dans un État de droit.





Avec le temps, l’habitude s’est installée de ne plus se référer à aucun texte.
La volonté ou la décision d’un ministre, d’un directeur, suffit désormais à faire foi. Ils sont dispensés de fournir la moindre preuve réglementaire.
Il leur arrive même de rédiger des rapports truffés de contre-vérités, sans qu’on exige d’eux la démonstration des faits avancés.
Pour l’exemple, lors d’un conseil de discipline, le cas d’un fonctionnaire fut examiné. Le ministre de tutelle en demandait la révocation.
Mais les membres du conseil rejetèrent le dossier, estimant qu’il ne reposait sur aucune preuve tangible.
Le président du conseil, lui-même ministre, s’opposa fermement à cette position et déclara, avec hauteur :
« Un ministre ne ment pas. »
Malgré l’opposition unanime des membres du conseil de discipline, le fonctionnaire fut sanctionné.