La Commission africaine face au dossier afar d’Érythrée

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a officiellement enregistré une plainte déposée par la Red Sea Afar Democratic Organization contre l’État d’Érythrée. La communication, soumise le 4 juin 2025 et désormais référencée sous le numéro 868/25, marque l’ouverture d’une procédure continentale portant sur des accusations de violations graves et prolongées des droits fondamentaux des Afar de la région de Dankalia, sur la côte de la mer Rouge.

Cette étape procédurale n’implique pas encore un jugement sur le fond. Elle signifie cependant que la Commission reconnaît la saisine comme recevable sur le plan formel et accepte d’enclencher l’examen institutionnel des faits allégués. Pour RSADO, il s’agit d’un tournant après des décennies durant lesquelles la situation des Afar d’Érythrée est restée largement absente des enceintes juridiques africaines.

Des violations présentées comme continues et systématiques

Dans son communiqué, RSADO affirme que les Afar autochtones de Dankalia sont exposés à une série de violations qu’elle qualifie de structurelles. Sont évoqués des déplacements forcés, des persécutions ciblées, des disparitions, des exécutions extrajudiciaires et la confiscation de terres ancestrales le long du littoral de la mer Rouge. L’organisation insiste sur un point central ; ces atteintes ne relèvent pas d’un passé révolu mais se poursuivraient sous les autorités actuelles.

La plainte met directement en cause l’État érythréen et le parti au pouvoir, le People’s Front for Democracy and Justice, accusés de mener des politiques affectant durablement l’existence territoriale, sociale et culturelle des Afar. RSADO décrit une dynamique visant à fragiliser l’ancrage historique de cette population dans la région de Dankalia, espace stratégique à la fois sur le plan géographique et politique.

Une reconnaissance procédurale à portée politique

Le recours à la Commission africaine intervient dans un contexte où les mécanismes internes de protection des droits humains en Érythrée sont jugés inexistants par de nombreuses organisations internationales. Pour RSADO, la saisine continentale constitue désormais le seul cadre institutionnel permettant d’espérer un examen indépendant et contradictoire de la situation des Afar .

L’organisation affirme sa volonté de coopérer pleinement avec la Commission aux différentes étapes de la procédure, notamment lors de l’examen de l’admissibilité et du fond, et annonce la transmission progressive de documents et de témoignages. Elle appelle par ailleurs les États africains, les organisations régionales et les acteurs internationaux à suivre attentivement le dossier et à renforcer leur vigilance.

Si l’issue juridique de la procédure demeure incertaine, la décision de la Commission marque déjà une inflexion notable. La situation des Afar d’Érythrée entre désormais dans le champ formel du droit africain des droits de l’homme, rompant avec une longue période d’invisibilité institutionnelle et ouvrant un espace inédit de reconnaissance et de qualification juridique des faits allégués.

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