Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed effectue ce jour une visite officielle à Djibouti, à la tête d’une importante délégation gouvernementale. Reçu par le président Ismaïl Omar Guelleh, le dirigeant éthiopien s’inscrit dans un agenda diplomatique présenté comme bilatéral, mais qui intervient dans un contexte régional marqué par des recompositions stratégiques récentes, notamment le rapprochement économique entre Djibouti et l’Égypte.
Une relation éthiopienne–djiboutienne structurelle
Les relations entre Éthiopie et Djibouti reposent sur une interdépendance ancienne et structurante. Plus de 90 pour cent du commerce extérieur éthiopien transite par les ports djiboutiens, faisant de Djibouti le principal débouché maritime d’un État enclavé de plus de cent millions d’habitants.
Les échanges entre Abiy Ahmed et les autorités djiboutiennes portent classiquement sur les infrastructures portuaires, les corridors logistiques, le chemin de fer Addis Abeba–Djibouti, l’énergie et la sécurité régionale. À ce stade, aucun élément officiel n’indique une inflexion majeure par rapport à ce cadre habituel, qui fait de Djibouti un partenaire indispensable à la stabilité économique éthiopienne.
Un contexte marqué par le rapprochement Égypte–Djibouti
La visite intervient toutefois moins d’un mois après la signature d’accords économiques entre Djibouti et l’Égypte, portant sur le développement portuaire, la logistique et l’énergie solaire. Ces engagements, formalisés fin décembre 2025, traduisent une montée en puissance de l’implication égyptienne sur la rive africaine de la mer Rouge.
Pour l’Éthiopie, attentive aux évolutions de son environnement stratégique, ces dynamiques ne sont pas neutres. Le renforcement de partenariats entre Djibouti et des acteurs extérieurs, qu’ils soient égyptiens, émiratis ou chinois, participe à une diversification des équilibres autour des infrastructures critiques utilisées par Addis Abeba.
À ce stade, rien ne permet d’affirmer que la visite d’Abiy Ahmed soit directement liée aux accords Égypte–Djibouti. Les communiqués officiels mettent en avant la coopération bilatérale classique et les enjeux régionaux, notamment la sécurité dans la Corne de l’Afrique et sur les axes maritimes de la mer Rouge.
Il serait néanmoins réducteur de dissocier totalement ces agendas. L’Éthiopie suit de près toute évolution susceptible d’affecter l’accès aux ports, les conditions tarifaires, ou la gouvernance des infrastructures logistiques dont dépend son économie. Dans ce contexte, les échanges de haut niveau avec Djibouti permettent aussi de réaffirmer des priorités, de clarifier des positions et de prévenir d’éventuelles perceptions de marginalisation.
Djibouti, pivot diplomatique et logistique régional
Cette séquence diplomatique illustre une réalité désormais bien établie : Djibouti s’affirme comme un pivot régional, capable d’entretenir simultanément des partenariats étroits avec l’Éthiopie, l’Égypte et d’autres puissances régionales ou extra-régionales. Cette centralité confère au pays une marge de manœuvre accrue, mais l’expose également à des attentes et à des pressions croisées.
La visite d’Abiy Ahmed s’inscrit ainsi dans une logique de continuité, tout en révélant en filigrane les ajustements en cours dans la géopolitique de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique. Pour Addis Abeba comme pour Djibouti, l’enjeu demeure de concilier interdépendance économique, souveraineté décisionnelle et stabilité régionale.




