
Le 22 janvier 2025, une délégation de l’armée djiboutienne s’est rendue à Samara, capitale de l’État régional afar d’Éthiopie. La mission, conduite par le colonel Ali Chehem, avait pour objet la signature d’un protocole de coopération en matière de protection et de sécurisation de la zone frontalière entre le nord de Djibouti et la région afar éthiopienne.
Cette initiative intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement sensible. Elle fait suite aux frappes menées le 13 janvier dans la zone frontalière éthiopienne, attribuées à l’armée djiboutienne, et s’inscrit dans une séquence visant à contenir les effets politiques de cet épisode. L’enjeu est de circonscrire l’incident au registre sécuritaire et d’éviter qu’il ne se transforme en contentieux diplomatique ouvert entre Djibouti et Addis-Abeba.
Un format opérationnel assumé
Le dispositif retenu à Samara ne relève pas d’un accord d’État à État et n’emporte donc pas de responsabilité politique pleine. Le choix assumé du niveau régional permet de traiter les frappes du 13 janvier hors des capitales et des canaux fédéraux, en la maintenant dans un registre sécuritaire localisé. Ce format, techniquement présentable et réversible donc à tout moment, offre une marge de manœuvre politique, permettant à la fois son activation sur le terrain et sa neutralisation sur le plan politique.
Il s’inscrit ainsi dans une logique de décompression politique, destinée à empêcher que des opérations militaires coercitives menées dans les zones frontalières ne débordent de ce cadre et ne perturbent la relation politique entre Djibouti et l’Éthiopie.
Frappes de drones : une stabilisation sous condition
Un point demeure toutefois central quant aux effets concrets de ce protocole. S’il est présenté comme un outil de coordination et de prévention des incidents, rien n’indique explicitement qu’il encadre ou limite le recours aux frappes de drones dans la zone frontalière. En l’absence de règles d’engagement rendues publiques et de garanties claires en matière de protection des populations civiles, le dispositif introduit une zone d’ambiguïté.
Dans ce contexte, les frappes pourraient être interprétées comme des actions préventives relevant de la sécurisation frontalière, intégrées à une logique de stabilisation locale, plutôt que comme des actes exceptionnels. L’impact réel de l’accord dépendra donc de sa mise en œuvre effective et du contrôle exercé sur l’emploi de la force dans un espace habité et socialement interconnecté.




