Implantations forcées et militarisation du sud djiboutien

Des mouvements de population ont été observés ces dernières semaines dans le sud de Djibouti, suscitant de vives interrogations sur les orientations sécuritaires et territoriales du pouvoir central. Plusieurs sources locales font état de l’acheminement de familles somali issas, originaires des zones périphériques de Zeila au Somaliland, vers différentes localités du territoire djiboutien, dans le cadre d’opérations de réinstallation présentées comme durables.

Selon ces sources, les Mamassane, réticents à s’enfoncer plus au sud, ont été installés à Damerjog, tandis que les Reer Geedi eux ont été dirigés vers Bakeere, dans la région de Dikhil. Ces implantations s’inscrivent dans une logique de redéploiement démographique destiné à renforcer la présence des somalis Issa dans des zones considérées comme stratégiquement sensibles, en particulier dans le sud du pays.

Ces dynamiques interviennent dans un contexte de fébrilité accrue du pouvoir djiboutien depuis la reconnaissance israélienne du Somaliland. Craignant une reconfiguration régionale défavorable, le régime d’Ismaïl Omar Guelleh chercherait à transformer Djibouti en une nouvelle terre d’accueil pour une partie des somalis Issas originaires d’Awdal, afin de de renforcer sa présence démographique et son contrôle de certaines zones frontalières.

L’installation des nouvelles populations est accompagnée d’un dispositif matériel préparé en amont. Des habitations traditionnelles de type toukoul ont été construites à cet effet. Une première série est achevée et prête à l’usage, attestant d’une planification logistique et d’une volonté d’ancrage rapide sur le terrain.

Dans le même temps, des effectifs supplémentaires ont été déployés à Bondara et à Yoboki, avec un élargissement des capacités de la caserne existante par des miliciens armés somaliens, envoyés sous l’autorité de Saadiq Joon, neveu de Guelleh. Ces forces, intégrées aux structures régulières, participent à un dispositif de contrôle étroit de la région de Gobaad et de ses accès, exerçant une pression sécuritaire continue sur l’ensemble du sud du pays.

Pour plusieurs analystes locaux, ces ajustements combinés – civils et militaires – traduisent une volonté de reprise en main étroite de territoires perçus comme vulnérables, tant sur le plan interne que régional. Ils s’inscrivent dans une séquence plus large de durcissement sécuritaire, alors que le pouvoir de Ismaïl Omar Guelleh fait face à un environnement géopolitique de plus en plus instable dans la Corne de l’Afrique.

En l’absence de communication officielle détaillée sur la finalité exacte de ces dispositifs, leur ampleur et leur coordination indiquent une anticipation de scénarios sécuritaires plus tendus, à l’intérieur du pays comme à ses frontières, avec des implications potentielles sur les équilibres politiques et communautaires du sud djiboutien.

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