Après moult réflexions, qui auront tenu en haleine les réseaux umpistes, le président Ismaïl Omar Guelleh a finalement remis sa candidature ce lundi 9 mars. Un soulagement presque palpable pour les courtisans du régime, qui semblaient visiblement redouter jusqu’au dernier moment que leur candidat ne se décide pas à repartir pour un nouveau mandat.
Il faut reconnaître que le suspense avait quelque chose d’inhabituel. Entre la révision de la Constitution, les manifestations de soutien soigneusement organisées et l’entretien providentiel accordé à la toujours bien inspirée Jeune Afrique, peu d’indices laissaient réellement planer le doute sur l’issue. Mais à Djibouti, même l’évidence aime parfois se donner des airs d’incertitude.
Côtés ministères et institutions publiques, la machine est depuis quelques temps à cadence soutenu aussi. Manifestations de soutien, déclarations collectives, rassemblements organisés à la hâte. En ce mois de Ramadan, la ferveur politique se décline aussi sous la forme d’iftars collectifs, ces réceptions de rupture du jeûne du style soirées mondaines version djellaba où se presse une foule d’invités, chacun soucieux d’être vu, photographié, et si possible être remarqué.
C’est dans ce décor que la candidature présidentielle a été officiellement déposée. Le dossier a été remis au ministère de l’Intérieur par le directeur de campagne du chef de l’État, Abdallah Abdillahi Miguil, ancien ambassadeur de Djibouti en Chine. Une figure qui reste associée à une affaire de détournement de fonds liés aux programmes de lutte contre le VIH/sida. Dans un rapport d’enquête, le Bureau de l’Inspecteur général du Fonds mondial avait estimé qu’environ 875 000 dollars avaient été détournés dans le cadre de la gestion de ces financements. Qu’importe. À Djibouti, certaines carrières semblent survivre sans trop de difficulté aux turbulences de la réputation.
Le chef de l’État s’avance ainsi vers un sixième mandat dans une configuration politique où l’incertitude électorale semble particulièrement mesurée. Face à lui, un autre candidat s’est déclaré, mais sa présence tient davantage du figurant institutionnel que d’une véritable alternative politique.
Outre-Atlantique, Alexis s’active avec énergie pour se positionner comme un acteur politique crédible. Interviews, déclarations, communiqués. Toutefois, dans sa campagne pourtant très bavarde, certains sujets semblent bénéficier d’un silence particulièrement prudent. Les frappes de drones signalées ces derniers mois, notamment à Gaggadé la semaine dernière ou celui d’Eli Dar en janvier 2026, demeurent visiblement absentes de ses prises de position publiques.
Reste que la question demeure entière. Même en supposant que sa candidature soit animée par une intention sérieuse, on peine à comprendre par quel tour de passe-passe électoral, à quelques jours du scrutin, il pourrait inverser une tendance déjà écrite d’avance.
Ainsi va la vie à Djibouti. Au-delà de ces équations électorales, il faut sans doute saluer la résignation de la société djiboutienne qui observe, année après année, les mêmes scènes se rejouer, sans même que le script ne prenne la peine d’un changement, si minime soit-il.




