Les zones pastorales afar sont-elles devenues des espaces à risque ?

Mohamed Aydahis, une des victimes des tueries de Siyarou du 30 janvier 2025

Le 2 mars 2026, à Gaggadé, quatres enfants qui gardaient des troupeaux ont été mortellement touchés par une explosion que des sources locales associent à une frappe de drone. Plusieurs habitants affirment avoir entendu, quelques instants avant la déflagration, des grondements venus du ciel. Les images et témoignages relayés après les faits évoquent des corps d’enfants gravement mutilés, un choc qui a suscité une vive émotion dans la population djiboutienne.

Selon des informations relayées par la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH), « deux enfants âgés de 6 et 7 ans (une fillette et un garçon) ont été tués sur place et deux autres ont succombé à leurs blessures, faute d’évacuation et par manque des soins ».

Le procureur de la République, qui avait annoncé l’ouverture d’une enquête, a pour sa part affirmé que « l’hypothèse d’un tir de missile par drone est formellement écartée », estimant que les décès seraient liés à une déflagration « probablement causée par un engin explosif de type grenade ».

Ces déclarations interviennent dans un contexte où la crédibilité des enquêtes publiques reste régulièrement débattue. Plusieurs organisations de la société civile soulignent en effet qu’à Djibouti, les enquêtes ouvertes après des incidents sensibles débouchent rarement sur des conclusions publiques claires et transparentes. C’est dans cette perspective que certaines voix évoquent la possibilité de recourir à des expertises ou à des observateurs indépendants afin de renforcer la crédibilité du processus d’établissement des faits. Une telle démarche vise généralement à lever les doutes et à garantir que les conclusions de l’enquête puissent être reconnues au-delà des seules institutions nationales.

Enfants tuées à Gaggadé region de Dikhil – Mars 2026

Une succession d’incidents dans les zones pastorales

Le drame de Gaggadé ne surgit pas dans un vide. Ces dernières années, plusieurs incidents impliquant des drones ont été signalés dans les zones pastorales situées aux confins de Djibouti et de l’Éthiopie.

À Siyarou, le 30 décembre 2024, une frappe de drone a tué deux bergers afars. Quelques jours plus tard, le 3 janvier 2025, un nouvel incident impliquant un drone armé a été signalé dans la même zone, provoquant cette fois des dégâts matériels.

Le 30 janvier 2025, toujours à Siyarou, une nouvelle frappe de drone a fait treize victimes civiles. La Ligue djiboutienne des Droits Humains et l’Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti avaient alors dénoncé des frappes qu’elles qualifiaient de « barbares » et « disproportionnées ».

Plus récemment, le 12 janvier 2026, un incident a été signalé à Muhurta, dans la localité d’Eli Dar. L’Afar Human Rights Organization a indiqué qu’une frappe de drone transfrontalière attribuée à l’armée djiboutienne avait grièvement blessé trois civils, tous pasteurs nomades, et a appelé à l’ouverture d’une enquête internationale. Dans son communiqué, l’organisation exprimait sa « profonde inquiétude face aux attaques répétées contre les populations civiles » et condamnait « de graves violations du droit international humanitaire ».

Ces attaques répétées nourrissent en effet un sentiment d’inquiétude dans certaines zones pastorales, où les populations vivent souvent loin des centres administratifs et disposent de peu de relais institutionnels pour faire entendre leurs préoccupations.

Dans ce contexte, le drame de Gaggadé ne pose pas seulement la question de ses circonstances exactes. Il soulève une interrogation plus large : les zones pastorales afar, où les populations vivent déjà dans des conditions précaires et souvent privées d’infrastructures routières et de couverture téléphonique, sont-elles en train de devenir des espaces où les civils se retrouvent davantage exposés aux incidents sécuritaires ?

C’est à cette question que l’enquête en cours devra apporter des réponses. Car au-delà des récits divergents, une exigence demeure : établir les faits avec précision et veiller à ce que les populations vivant dans ces territoires bénéficient de l’attention politique et institutionnelle qu’elles méritent.

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