
Depuis plusieurs mois, Djibouti voit défiler des influenceurs venus de Somalie ou de la région Somali d’Éthiopie, accueillis avec une visibilité et des moyens qui interrogent une partie croissante de l’opinion. Présentés comme des relais touristiques ou médiatiques, certains diffusent pourtant une vision profondément communautaire de la société, allant jusqu’à interroger publiquement des jeunes Djiboutiens sur leur clan d’appartenance ou à tenir des propos jugés méprisants envers certaines composantes du pays, notamment les Afars.
Le problème ne réside pas dans la présence d’influenceurs étrangers. Djibouti a toujours été un espace d’échanges régionaux. Ce qui inquiète aujourd’hui est l’importation progressive, à travers les réseaux sociaux, d’une culture politique fondée sur le clanisme et les appartenances ethniques. Une logique qui, dans plusieurs pays de la région, a profondément fragilisé la cohésion nationale.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte où de nombreux Djiboutiens dénoncent une gestion du pouvoir marquée par des logiques communautaires, visibles dans certaines nominations ministérielles, postes de direction ou accès à l’emploi public, où les Afars demeurent largement sous représentés malgré leur poids historique dans le pays. Les influenceurs ne créent pas ce phénomène. Ils l’amplifient et le banalisent auprès d’une jeunesse ultra connectée, en diffusant des réflexes identitaires et claniques importés de la région.
Le silence des autorités face à ces dérives suscite d’autant plus d’interrogations. Pourquoi des créateurs de contenu étrangers véhiculant parfois des discours communautaires agressifs bénéficient ils d’une telle promotion, alors que les influenceurs djiboutiens eux mêmes restent souvent marginalisés dans leur propre pays ? Pourquoi aucune réflexion publique n’est engagée sur l’impact social de ces contenus auprès des mineurs ?
À force de réduire Djibouti à une simple extension culturelle de l’espace somaliophone, certains contenus numériques finissent par invisibiliser une partie entière de l’histoire et de la sociologie du pays. Une évolution qui nourrit un profond malaise chez de nombreux Djiboutiens, inquiets de voir les fractures identitaires de la région s’installer progressivement au cœur même de la jeunesse djiboutienne.




