Avec la formation du nouveau gouvernement issu du sixième mandat d’Ismaïl Omar Guelleh, l’attention s’est rapidement portée sur les équilibres politiques dessinés par ce remaniement largement dominé par les permutations internes. Plus que les changements de portefeuilles, la nouvelle composition gouvernementale met surtout en lumière le recul progressif de la représentation afar au sein des ministères de plein exercice, considérés comme les principaux centres de décision de l’exécutif, contrairement aux ministres délégués et secrétaires d’État placés sous tutelle ministérielle. Fait notable, l’ensemble des ministres délégués et le secrétaire d’État du gouvernement de 2026 sont issus de la composante afar.
Pour comprendre l’ampleur des transformations actuelles, il faut revenir au premier gouvernement formé par IOG en 1999. Fraîchement élu sous la bannière RPP FRUD avec 83,86 % des voix, Ismaïl Omar Guelleh formait alors son premier gouvernement dans un contexte encore marqué par la sortie de guerre civile et les accords conclus avec le FRUD. Le gouvernement comptait alors 15 ministres de plein exercice : 8 Somalis, 6 Afars et 1 Arabe. Les Afars représentaient ainsi près de 40 % du gouvernement, une proportion que certains jugeaient déjà faible pour une composante historiquement centrale du pays et majoritaire sur une large partie du territoire national.
Près de trois décennies plus tard, l’évolution des équilibres apparaît nettement plus défavorable aux Afars. Le gouvernement formé en 2026 compte 21 ministres de plein exercice : 15 Somalis, 4 Afars et 2 Arabes. La représentation afar tombe ainsi sous la barre des 20 %, tandis que la part des ministres somali dépasse désormais les 70 %.
Au-delà du simple recul numérique, la nouvelle composition gouvernementale ravive surtout les critiques autour d’une marginalisation devenue progressivement structurelle au sein de l’appareil d’État. Gouvernement, hautes fonctions administratives, directions stratégiques, représentations diplomatiques ou encore grandes structures économiques : plusieurs centres stratégiques du pouvoir semblent désormais presque totalement fermés à la représentation afar.
Cette évolution intervient également dans un contexte où les frustrations communautaires apparaissent de plus en plus visibles dans le débat public, notamment sur les réseaux sociaux, où les questions de représentation, d’accès aux responsabilités et de partage du pouvoir occupent désormais une place croissante. Pour beaucoup, le remaniement de 2026 n’a fait que renforcer ce sentiment de déséquilibre et raviver une interrogation plus profonde : celle de la place réelle accordée aux Afars dans le Djibouti politique, économique et culturel d’aujourd’hui.


