
Crédit photo : compte X de Souleiman Hassan Waberi
Les tensions s’accentuent au sein de la Fédération Djiboutienne de Football (FDF). Après avoir demandé sans succès à la direction fédérale de convoquer une Assemblée générale extraordinaire, le Secrétariat d’État chargé des Sports autorise désormais les clubs réunissant le quorum requis à organiser eux-mêmes cette assemblée. Une nouvelle étape dans une crise qui, depuis plusieurs semaines, place la gouvernance de Souleiman Hassan Waberi au centre des critiques.
Au cours de l’été, les investigations du journaliste Romain Molina sur la gestion de la Fédération Djiboutienne de Football ont relancé les interrogations autour de la gouvernance de l’institution. Elles ont été suivies par la publication dans la presse des conclusions d’un rapport de l’Inspection générale de l’État portant sur la période 2019 – 2023.
Selon ce rapport, obtenu par l’AFP, des « lacunes significatives » ont été relevées dans la gestion financière de la Fédération. Les inspecteurs évoquent notamment du « favoritisme » dans l’attribution d’un marché lié au nouveau siège de la FDF, ainsi que des prestations jugées surfacturées. Ils ont également pointé le recours important aux transactions en espèces, considéré comme un facteur de risque en matière de contrôle et de traçabilité financière.
Les investigations de Molina ont également mis en lumière plusieurs mouvements financiers contestés. Selon les éléments rapportés par TV5MONDE/AFP, environ 500 000 dollars auraient été retirés en espèces en 2021 et 2022, certains de ces mouvements ne disposant pas d’une traçabilité comptable jugée suffisante.
Souleiman Hassan Waberi rejette toutefois toute accusation de mauvaise utilisation des financements internationaux et affirme que les mécanismes de contrôle de la FIFA n’ont relevé « aucune indication d’acte répréhensible » concernant les fonds versés par l’instance mondiale. Il reconnaît néanmoins des insuffisances dans certaines procédures de mise en concurrence, qu’il assure avoir depuis corrigées.
Vingt-sept clubs réclament une Assemblée générale extraordinaire
La contestation prend une nouvelle dimension le 3 septembre, lorsque 27 clubs demandent officiellement la convocation d’une Assemblée générale extraordinaire afin de soumettre une motion visant le Comité directeur.
Les clubs dénoncent notamment un manque de transparence financière, l’absence de publication de certains audits, des retards dans l’organisation des compétitions et des décisions qu’ils estiment prises sans concertation suffisante. Selon Sport News Africa, la coalition affirme disposer de plus des deux tiers des membres nécessaires pour déclencher la procédure prévue par les statuts de la FDF.
Cette fronde intervient également après la démission, le 12 août, de Mohamed Elmi Farah du Comité exécutif de la Fédération. Celui-ci avait fait état de préoccupations concernant « la gestion et l’utilisation des ressources » de la FDF.
Faute de réponse, les clubs autorisés à agir
Dans un premier courrier daté du 28 septembre, le Secrétariat d’État chargé des Sports a invité le président de la FDF à convoquer l’Assemblée générale extraordinaire, en lui accordant un délai de 72 heures pour se prononcer.
Faute de réaction dans le délai imparti, une nouvelle annonce officielle datée du 1er octobre autorise désormais les clubs disposant du quorum requis à convoquer eux-mêmes l’AGE, à en fixer la date, le lieu et l’ordre du jour, dans le respect des statuts de la Fédération.
La direction fédérale tente parallèlement de montrer qu’elle conserve des soutiens. Fin septembre, la FDF a publié plusieurs comptes rendus de réunions avec des responsables de clubs de deuxième et troisième divisions, affirmant que ces derniers avaient réaffirmé leur confiance à Souleiman Hassan Waberi.
À la tête de la Fédération depuis 2012 et aujourd’hui membre du Conseil de la FIFA, Souleiman Hassan Waberi fait ainsi face à l’une des contestations les plus sérieuses de sa présidence. À ces critiques sur la gouvernance s’ajoute un bilan sportif particulièrement préoccupant : la sélection nationale accumule les lourdes défaites et les scores fleuves sur la scène internationale, tandis que Djibouti ne dispose toujours pas d’un stade adapté et homologué pour accueillir ses rencontres internationales dans des conditions conformes aux exigences des instances du football.
La crise entre désormais dans une phase décisive, avec une direction fédérale confrontée à une contestation grandissante. L’annonce du 1er octobre ayant également été transmise au Secrétaire général de la FIFA, la suite de la procédure sera désormais suivie bien au-delà du seul football djiboutien.




