
La ville de Borama a été, hier soir, le théâtre d’affrontements meurtriers entre manifestants et forces de sécurité. Deux jeunes ont perdu la vie dans une séquence de tensions qui couvait depuis plusieurs semaines autour d’un dossier culturel devenu enjeu politico-identitaire : la célébration du xeer Cisse, droit coutumier oral de la communauté somali-issa, récemment inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.
Après des mois d’hésitations, le gouvernement somalilandais a validé l’organisation officielle de la cérémonie, prévue pour le 14 décembre. Cette confirmation a agi comme un catalyseur dans la région d’Awdal, où de larges segments de la communauté Gadaboursi considèrent l’événement comme une provocation directe.
Derrière leur réaction se trouve un contentieux ancien : la paternité historique de Zeyla, ville portuaire emblématique de la Corne de l’Afrique. Issa et Gadaboursi revendiquent chacun un lien fondateur avec cette cité, dont la charge symbolique dépasse largement le cadre local. La mise en avant du xeer Cisse est ainsi interprétée, par certains acteurs gadaboursi, comme une manière indirecte d’affirmer une légitimité issa sur Zeyla.
Borama, épicentre d’une inquiétude plus large
Borama, capitale régionale à majorité gadaboursi, était un épicentre probable de contestation. Les manifestations qui y ont éclaté ont été rapidement contenues par la police, mais la réponse des forces de sécurité – jugée disproportionnée par de nombreux observateurs locaux – a aggravé le sentiment d’injustice. Les deux décès enregistrés donnent désormais à la contestation un caractère plus profond et difficile à canaliser.
À l’approche du 14 décembre, les interlocuteurs locaux redoutent une montée progressive des tensions. La question ne porte plus seulement sur la célébration du xeer Cisse, mais sur la façon dont l’État gère des sensibilités identitaires enracinées et un espace territorial historiquement disputé.




