Au sud-est de Djibouti, le Port de Damerjog concentre l’un des programmes portuaires et industriels les plus ambitieux engagés dans le pays ces dernières années. La stratégie affichée vise la constitution d’un hub énergétique et logistique capable de capter des flux régionaux et de renforcer le positionnement géoéconomique national dans la Corne de l’Afrique.
Le terminal pétrolier s’articule autour d’une jetée offshore d’environ 2,5 kilomètres. Cette configuration permet l’accueil de navires pouvant atteindre 120 000 tonnes de port en lourd. La capacité annuelle annoncée avoisine 25 millions de tonnes de produits pétroliers, un volume largement supérieur aux besoins domestiques, ce qui inscrit clairement l’infrastructure dans une logique régionale d’importation, de stockage et de redistribution.
Sur le plan financier, le projet a bénéficié d’un montage structuré comprenant une facilité de 155 millions de dollars mobilisée avec l’appui d’Afreximbank, dont environ 120 millions auraient déjà été décaissés pour finaliser la jetée pétrolière et lancer les premières capacités de stockage. À cela s’ajoute un projet de connexion ferroviaire d’environ 17 kilomètres destiné à relier le site au réseau existant, condition essentielle pour transformer l’infrastructure portuaire en véritable hub logistique intégré.
En parallèle, le port bétail de Damerjog représente un autre segment stratégique. L’investissement initial annoncé avoisine 70 millions de dollars. Le quai, long d’environ 655 mètres, permet l’accostage simultané de plusieurs navires spécialisés. L’installation est dimensionnée pour traiter jusqu’à 10 millions de têtes par an, avec une zone de collecte d’environ 50 hectares et une capacité de parc pouvant atteindre 150 000 têtes. Ces dimensions positionnent l’installation sur un segment d’exportation à grande échelle, principalement orienté vers les marchés de la péninsule Arabique.
Au-delà des seules infrastructures portuaires, la zone industrielle de Damerjog (DDID) fait l’objet de projections d’investissements atteignant jusqu’à 4 milliards USD sur l’ensemble de sa structuration à long terme, comprenant raffinerie, stockage, industries et services associés
Malgré l’ampleur des investissements engagés, la dynamique commerciale reste pourtant en phase de consolidation. Les autorités éthiopiennes ont, à plusieurs reprises, affiché leur volonté de diversifier leurs accès maritimes et de maintenir une marge de manœuvre stratégique dans le choix de leurs corridors. Par le passé déjà, certaines visites officielles avaient laissé transparaître des préférences logistiques différentes de celles mises en avant par Djibouti, révélant des priorités qui ne coïncidaient pas toujours pleinement.
Il n’en demeure pas moins que les infrastructures sont en place et que les montants mobilisés sont considérables. L’enjeu est désormais de transformer cette puissance d’investissement en volumes effectifs et en retombées économiques mesurables, afin que les ambitions affichées trouvent une traduction concrète dans le temps.




