Les documents rendus publics dans le cadre de l’affaire Jeffrey Epstein font apparaître à plusieurs reprises des mentions de Djibouti dans des échanges et correspondances privées. Si aucune procédure judiciaire n’a visé l’État djiboutien ni ses dirigeants, ces éléments, bien que fragmentaires, dessinent un ensemble de références qui témoignent de l’inscription de Djibouti dans l’univers relationnel et stratégique fréquenté par Epstein.
Des échanges évoquant un rendez-vous envisagé à New York
Des échanges datés de septembre 2011, durant la semaine de l’Assemblée générale de l’ONU, évoquent explicitement une rencontre au Waldorf Astoria avec le « Djibouti president ». Le lieu, l’agenda et les intermédiaires indiqués ne laissent guère de doute sur l’identité visée : Ismaïl Omar Guelleh. Epstein est mentionné comme invité amené par un proche allié du pouvoir émirati, au cœur d’un réseau d’affaires mêlant diplomatie officieuse et intérêts stratégiques. Même si la tenue effective de cette rencontre ne peut être établie avec certitude à l’heure actuelle, son organisation envisagée révèle un fait politique important : Djibouti figure dans les cercles relationnels où Epstein évoluait, aux côtés de responsables étatiques et d’acteurs économiques de premier plan.
Un autre message, attribué à Sultan Ahmed bin Sulayem, dirigeant de DP World, demande à Epstein de ne pas évoquer cette rencontre devant Abdourahman Boreh, alors engagé dans un contentieux majeur avec les autorités djiboutiennes autour des concessions portuaires.
« Our Djibouti friend » et l’univers Epstein
Ce qui revient le plus fréquemment dans les archives attribuées à Epstein n’est pas un déplacement documenté à Djibouti, mais une série de propos de mise en scène personnelle. Dans plusieurs emails rendus publics, Epstein affirme connaître « le propriétaire du port en eau profonde de Djibouti » et se présente comme étant « pratiquement aux commandes » de cette infrastructure, qu’il qualifie de « paradis de la contrebande ».
Plus troublant encore, une correspondance attribuée à Epstein mentionne « our Djibouti friend », présenté comme « a lot of fun », avec la précision qu’il aurait annulé l’arrivée de « girls ». Aucun nom n’est cité, aucun contexte précis n’est fourni. Cette absence d’identification empêche toute conclusion factuelle sur les personnes concernées. Elle confirme toutefois que Djibouti est intégré à la sphère relationnelle personnelle d’Epstein, et qu’il y est associé par le biais de contacts non officiels, dont la nature exacte demeure inconnue.
Ce que révèlent réellement les « dossiers »
La lecture des archives liées à l’affaire Jeffrey Epstein laisse apparaître un motif récurrent : Djibouti n’y figure pas comme un acteur judiciaire identifié, mais comme un espace régulièrement mobilisé dans des échanges où se croisent pouvoir, infrastructures stratégiques et réseaux informels. Cette récurrence n’aboutit pas, à ce stade, à des faits établis ou à des poursuites formelles. Elle éclaire en revanche la place singulière occupée par Djibouti dans certains cercles d’influence transnationaux, et permet de comprendre pourquoi le pays revient, de manière insistante, dans les discussions entourant les archives Epstein.




