Comment se situe le marché du travail djiboutien dans la Corne de l’Afrique ? Une comparaison des taux de chômage dans la région apporte un premier éclairage. Selon les estimations de la Banque mondiale fondées sur la méthodologie de l’Organisation internationale du travail (OIT), Djibouti affiche un taux de chômage d’environ 25,9 %. Ce niveau se situe très au-dessus de ceux observés dans les pays voisins : environ 18,9 % en Somalie, près de 6 % en Érythrée, 5,6 % au Kenya et 3,4 % en Éthiopie.
Cet écart interpelle. Djibouti est un pays d’un peu plus d’un million d’habitants dont la population est majoritairement jeune. Depuis deux décennies, le pays a par ailleurs bénéficié d’investissements massifs dans les infrastructures portuaires, ferroviaires et logistiques. Voir plus d’un quart de la population active officiellement sans emploi soulève nécessairement des interrogations sur la capacité du modèle économique à absorber la main-d’œuvre.
Certes, les comparaisons internationales doivent toujours être interprétées avec prudence. Mais même en tenant compte des différences structurelles entre les économies de la région, le niveau du chômage observé à Djibouti demeure particulièrement élevé. Il met en lumière les limites d’un modèle économique largement structuré autour des infrastructures portuaires et des services logistiques. Ces activités, à forte intensité capitalistique, génèrent des revenus importants mais offrent une capacité limitée d’absorption de la main-d’œuvre, en particulier pour les emplois peu qualifiés.

Il convient également de rappeler que le taux de chômage officiel repose sur la population active, c’est-à-dire les personnes qui travaillent ou déclarent rechercher un emploi. Cet indicateur ne reflète qu’une partie de la réalité du marché du travail. Il ne rend pas pleinement compte du sous-emploi et de la précarité qui affectent une part importante de la population en âge de travailler.
Autrement dit, les chiffres officiels ne captent qu’imparfaitement la pression réelle sur l’emploi, mais ils signalent déjà un déséquilibre net, dont les effets se traduisent par une fragilisation des revenus et une montée des situations de précarité.




