Les autorités de Djibouti ont récemment invalidé environ 1 400 passeports utilisés par des responsables politiques, parlementaires, anciens officiels et journalistes du Somaliland. Cette décision marque une escalade significative dans les relations déjà tendues entre Djibouti et Hargeisa, et intervient dans un contexte régional en recomposition.
Une mesure de pression diplomatique assumée
Les passeports concernés avaient été délivrés ou facilités par Djibouti à des personnalités du Somaliland afin de leur permettre de voyager à l’international. Leur invalidation soudaine vise clairement à restreindre la mobilité diplomatique et politique de ces acteurs, dans un contexte où les documents de voyage émis par le Somaliland ne bénéficient pas d’une reconnaissance internationale étendue.
Cette décision intervient peu après la fermeture du bureau de représentation du Somaliland à Djibouti, un geste déjà interprété comme un signal politique fort de désapprobation à l’égard de certaines orientations diplomatiques prises par Hargeisa.
Une pratique issue d’un pragmatisme régional
Au-delà des positions de principe, la politique de Djibouti à l’égard du Somaliland s’est inscrite, pendant de nombreuses années, dans une logique de gestion pragmatique des circulations régionales. En se consolidant comme plateforme diplomatique et logistique en Corne de l’Afrique, Djibouti a facilité les déplacements internationaux de certaines élites somalilandaises par le recours à des documents djiboutiens, sans que cette pratique ne traduise une reconnaissance politique formelle. Cette approche renforçait le rôle de carrefour régional de Djibouti, tout en plaçant les bénéficiaires dans une relation de dépendance administrative, encadrée par l’État djiboutien.
Ces facilités répondaient également à une logique d’influence indirecte. En maîtrisant l’accès à la mobilité internationale, Djibouti disposait d’un instrument souple et réversible, lui permettant d’ajuster sa posture en fonction des évolutions politiques. L’invalidation récente des passeports s’inscrit dans cette continuité : elle confirme que ces dispositifs relevaient d’un choix conditionnel, intégré à un rapport de force maîtrisé, et non d’un engagement durable.
Des conséquences concrètes pour les responsables du Somaliland
À court terme, l’invalidation de ces passeports complique fortement les déplacements internationaux de nombreux responsables du Somaliland, affectant leur capacité à participer à des forums, rencontres diplomatiques ou activités médiatiques à l’étranger. Cette situation renforce l’isolement institutionnel de Hargeisa et souligne la vulnérabilité juridique et diplomatique liée à l’absence de reconnaissance internationale formelle.
Une tension appelée à durer
En invalidant ces passeports, Djibouti met fin à une phase de pragmatisme accommodant et réaffirme ses lignes rouges. Cette décision illustre un durcissement durable des relations entre Djibouti et le Somaliland, les mesures administratives s’imposant comme outils de pression diplomatique. L’évolution de ce différend dépendra, à court terme, de la capacité des deux parties à redéfinir les modalités de leur interaction dans une Corne de l’Afrique marquée par des équilibres de plus en plus sensibles.




