Addis-Abeba projette sa doctrine militaire vers la mer Rouge

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a déclaré le 22 février 2026 que les préparatifs militaires engagés par son gouvernement visent à contribuer à la stabilité de l’ensemble de la région de la Corne de l’Afrique.

S’exprimant à Hawassa lors de la cérémonie marquant le 65e anniversaire du Commandement des opérations spéciales, placée sous le thème « Résilience invincible, identité inébranlable », Abiy a annoncé l’extension des entraînements militaires au domaine maritime. Jusqu’ici concentrées sur des environnements terrestres, montagneux et fluviaux, les formations incluent désormais des opérations en mer.

Le chef du gouvernement a précisé que cette évolution devait permettre de lutter contre la piraterie et le terrorisme maritime et de sécuriser un espace stratégique allant « de la pointe de la Somalie jusqu’au port de Massawa en Érythrée ». Par cette formulation, Addis-Abeba paraît considérer cet arc côtier comme relevant de son horizon stratégique immédiat, sinon de sa responsabilité directe. Une lecture qui peut susciter des réserves chez les États riverains concernés.

Dans un contexte régional traversé par des rivalités portuaires, des recompositions diplomatiques et des menaces transnationales, cette annonce confirme la volonté d’Addis-Abeba de jouer un rôle accru dans les questions de sécurité maritime. L’Éthiopie, pays enclavé depuis 1993, met en avant une approche fondée sur la coopération avec des « peuples frères » et présente son renforcement militaire comme un instrument de dissuasion et de stabilisation.

Le Premier ministre a également évoqué la modernisation des capacités militaires, notamment en matière de drones de reconnaissance et d’intervention rapide, soulignant que l’objectif est de prévenir les conflits et de protéger la paix régionale.

Le chef d’état-major, le maréchal Berhanu Jula, a pour sa part affirmé que l’armée éthiopienne s’est transformée en une force « polyvalente et fiable », renforcée en effectifs, en organisation et en capacités technologiques. Selon lui, cette évolution s’est poursuivie malgré les défis sécuritaires internes et externes des dernières années.

Au-delà de la rhétorique de stabilité, cette évolution doit être lue à l’échelle régionale. L’élargissement de la doctrine éthiopienne au domaine maritime intervient ainsi dans un espace caractérisé par des fragilités étatiques persistantes et une dépendance sécuritaire notable à l’égard d’acteurs extérieurs. Dans un tel environnement, chaque affirmation stratégique produit des effets politiques qui dépassent largement le seul cadre national.

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