Hanlé, de l’intronisation contestée à la confusion des titres

L’événement organisé à Yoboki, dans la région de Dikhil, le vendredi 26 décembre 2025, devait initialement consacrer l’émergence d’un nouveau sultan présenté comme l’autorité coutumière de la confédération locale. Sous la pression des contestations exprimées par de nombreux Afars, l’intitulé officiel a finalement été amendé. Le titre de sultan a laissé place à celui d’okal général, désigné sous l’appellation de maggaraqah abba. Ce glissement terminologique, loin d’apaiser les tensions, a mis en lumière une confusion profonde entre les registres de l’autorité coutumière et les formes contemporaines de légitimation politique.

Dans les faits, la mise en scène de la cérémonie a largement contredit ce changement d’appellation. Par son ampleur, par la symbolique déployée et par la solennité du protocole, l’événement s’apparentait davantage à une intronisation sultanique qu’à la désignation d’un okal général, fonction traditionnellement plus circonscrite et subordonnée à des hiérarchies établies.

Okal général ou sultan, une frontière brouillée pour l’occasion

Le titre retenu pour la cérémonie ne correspond pas aux formes observées sur le terrain. Officiellement présenté comme un okal général (maggaraqah abba), le responsable ainsi désigné a néanmoins été installé dans des conditions qui rappellent celles d’une intronisation sultanique, tant par la solennité du protocole que par la centralité qui lui a été conférée.

Ce procédé repose sur une logique clairement identifiable : on installe une figure d’autorité, on lui donne une place centrale, puis on laisse le sens du titre se transformer avec le temps. Cette situation entretient une incertitude durable sur la nature réelle de l’autorité ainsi mise en avant et contribue à fragiliser les repères coutumiers existants.

La réaction du sultanat d’Awsa

Face à ces développements, le sultanat d’Awsa a pris ses responsabilités. Par le biais d’une vidéo diffusée par l’intermédiaire du frère du sultan, Awsa a dénoncé des manœuvres jugées contraires à l’héritage politique et coutumier afar. Le message se voulait sans équivoque : l’instrumentalisation des titres traditionnels et leur réinterprétation opportuniste constituent une atteinte directe à la mémoire collective et aux fondements mêmes de l’ordre coutumier.

Ce positionnement tranche avec le silence observé, à ce stade, par les sultanats de Tadjourah et de Rahayto. Cette absence de réaction publique interroge. Elle peut relever d’une prudence stratégique, mais elle contribue aussi à accentuer l’impression d’un champ coutumier fragmenté, incapable de produire une réponse concertée face à des initiatives qui redéfinissent ses équilibres et affaiblissent considérablement le socle coutumier afar.

Une intronisation à contre-temps

Cette intronisation est intervenue alors que le sultan de Gobaad, Habib Boko, est hospitalisé depuis plusieurs semaines à Bruxelles. Pour de nombreux Afars, cette intronisation est perçue comme une démarche en rupture avec les usages de retenue habituellement observés, au moment même où l’attention collective aurait dû se porter vers la prière et le souhait de rétablissement du sultan de Gobaad.

La précipitation observée dans l’organisation de la cérémonie, malgré le contexte, interroge donc profondément. Elle donne le sentiment que le calendrier a prévalu sur la sensibilité. Une telle démarche alimente l’idée que l’événement répondait davantage à un planning arrêté qu’à une lecture attentive du moment et de sa charge symbolique.

4 réflexions sur “Hanlé, de l’intronisation contestée à la confusion des titres”

  1. « Maggarqàh abba » , ce titre n’a jamais existé, parce que ça n’a pas de sens. Maggarqà est lui même un titre de pouvoir suprême (un souverain) plus que Abba qui lui est faussement associé ici. Si on essaie de traduire littéralement maggarqàh abba c’est une reconnaissance des termes comme si on disait  » chef de chef ». C’est ridicule !

    1. Sultanat de Tadjourah

      Tout individu,
      ou tout groupe,
      qui se proclame sultan
      en dehors de la légitimité historiquement et coutumièrement reconnue,
      porte une responsabilité directe, totale et assumée
      dans le désordre que nous vivons aujourd’hui,
      et dans les conflits graves qui se profilent demain.

  2. Depuis l’apparition à Tadjourah de deux figures opposées ,un sultan légitime et un imposteur , une dérive dangereuse s’est installée.
    De la vallée de l’Awach à Gobaad, de Dawee à Hadou, des sultans autoproclamés surgissent sans légitimité, sans consensus et sans respect des règles ancestrales.
    Il faut le dire clairement :
    Le sultanat n’est pas un jeu,
    le sultanat n’est pas un titre tribal,
    le sultanat n’est pas un outil d’ambition personnelle.

  3. Depuis l’apparition à Tadjourah de deux figures opposées ,un sultan légitime et un imposteur une dérive dangereuse s’est installée.
    De la vallée de l’Awach à Gobaad, de Dawee à Hadou, des sultans autoproclamés surgissent sans légitimité, sans consensus et sans respect des règles ancestrales.
    Il faut le dire clairement :
    Le sultanat n’est pas un jeu,
    le sultanat n’est pas un titre tribal,
    le sultanat n’est pas un outil d’ambition personnelle.

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