Madqa à Samara : une conférence qui sonne creux ?

Le 17 septembre 2025, Djibouti a enregistré auprès de l’UNESCO sa candidature du Madqa, droit coutumier oral afar, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel. Dossier ICH-02 validé, consentements joints, film annexé, numéro portant référence 2388 attribué. Sur le plan procédural, la machine est lancée.

Or, depuis lundi, une importante délégation djiboutienne séjourne à Samara, capitale de la région afar d’Éthiopie, pour une conférence de deux jours consacrés au Madqa. Présentée comme une initiative de structuration et d’harmonisation, cette rencontre intervient alors que la candidature est déjà formellement enregistrée. La question de son articulation avec la procédure en cours se pose donc naturellement.  

Une démarche solitaire pour un patrimoine partagé

Le dossier transmis à l’UNESCO affirme clairement que le Madqa est pratiqué à Djibouti, en Éthiopie et en Érythrée. Il décrit un système normatif enraciné dans l’espace afar historique, au-delà des frontières contemporaines. Pourtant, seuls les consentements des communautés afar de Djibouti figurent dans la candidature. Aucun document formel des Afars d’Éthiopie ou d’Érythrée n’est joint.

Sur le plan strictement procédural, l’UNESCO n’exige que le consentement des communautés situées dans l’État soumissionnaire. L’exigence juridique est donc respectée. La dimension régionale reconnue dans le dossier appelle néanmoins une réflexion plus large. Lorsqu’un élément est explicitement présenté comme transfrontalier, la question d’une coordination formalisée entre les États concernés peut légitimement être soulevée. L’UNESCO encourage d’ailleurs les candidatures multinationales lorsque cela est pertinent, au nom de l’esprit de coopération porté par la Convention de 2003, comme ce fut le cas pour le Xeer Cissé introduit dans un cadre tripartite.

Une concertation sans effet sur la procédure en cours

Le dossier ICH-02 enregistré le 17 septembre 2025 est désormais figé pour la session d’examen en cours. Le Comité intergouvernemental statuera en novembre 2026 à partir des seules pièces déjà déposées. L’architecture juridique de la candidature ne peut plus être révisée à ce stade. La conférence organisée à Samara n’a donc aucun impact direct sur la candidature en cours.

Dans sa communication officielle, le gouvernement précise que l’initiative « vise à structurer la candidature du Madqa Afar en vue de son inscription […] sous l’égide de la République de Djibouti ». La formulation appelle clarification. Structurer quoi, si la candidature est enregistrée et close pour la session en cours ? Harmoniser quoi, si aucune modification substantielle n’est recevable avant la décision de novembre 2026 ? Et si le Madqa est reconnu comme patrimoine pratiqué dans trois États, pourquoi ne pas avoir privilégié, dès le départ, une démarche conjointe ?

Le calendrier, lui, est déjà fixé : le Comité intergouvernemental de l’UNESCO se réunira en novembre 2026 pour statuer sur le dossier, sur la base des éléments déposés en septembre 2025.

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