Quatre enfants tués à Gaggadé : les drones de l’armée djiboutienne au cœur des interrogations

Le 2 mars, aux alentours de 11 heures, quatre enfants ont été tués et plusieurs autres blessés à Gaggadé, dans la région de Dikhil, dans ce que les témoins et les proches des victimes décrivent comme des frappes de drones.

Selon la Ligue Djiboutienne des Droits Humains, « deux enfants, âgés de six et sept ans, une fille et un garçon, ont été tués sur le coup ». L’organisation précise que « deux autres ont succombé à leurs blessures mardi, faute d’évacuation et de soins médicaux ». Elle indique également que les enfants gardaient du bétail au moment de l’incident et que six autres personnes ont été blessées, dont une grièvement.

Les images diffusées après l’attaque ont profondément choqué l’opinion. Elles montrent des corps d’enfants atteints avec une violence extrême. Pour de nombreux habitants de la région et pour les témoins présents sur les lieux, la nature des impacts observés correspondrait à des tirs de drones. Si cette hypothèse se confirmait, il s’agirait de la sixième frappe signalée contre des populations civiles dans ces zones pastorales.

La réaction officielle n’est intervenue qu’après la circulation de ces images sur les réseaux sociaux. Le procureur de la République, Hassan Mohamed Hassan, a alors publié un communiqué évoquant une « explosion » et annonçant l’ouverture d’une enquête. Dans le contexte djiboutien, ces annonces sont accueillies avec prudence. Les investigations ouvertes après des incidents sensibles ont rarement donné lieu, par le passé, à des conclusions publiques détaillées, ce qui alimente un scepticisme persistant.

Dans un communiqué publié le même jour, le Front pour la Restauration de l’Unité et la Démocratie affirme qu’« un drone Bayraktar a tiré un missile sur un groupe d’enfants qui gardaient leurs chèvres à Gaggadé ». Le mouvement évoque « une attaque meurtrière contre des enfants bergers » et dénonce une stratégie « visant les populations civiles afar ».

Depuis l’acquisition par Djibouti de drones armés de fabrication turque, notamment de type Bayraktar, plusieurs incidents impliquant des communautés nomades Afar ont été signalés dans différentes régions périphériques. L’usage de ces technologies repose en principe sur des capacités d’identification permettant de distinguer précisément les cibles. Pourtant, dans les cas rapportés jusqu’à présent, les victimes mentionnées sont presque toujours des civils, souvent des femmes et des enfants.

La répétition de ces drames soulève une question fondamentale : comment des silhouettes d’enfants gardant un troupeau peuvent-elles être confondues avec des objectifs militaires ?

Au-delà de la controverse politique, l’événement renvoie aussi à une réalité plus structurelle. Dans ces territoires pastoraux éloignés des centres administratifs, les populations vivent avec des dispositifs de protection et de secours très limités. L’absence de réseau téléphonique retarde également la circulation de l’information, si bien que les habitants des villes ne sont souvent informés de ce qui s’y produit que plusieurs heures voire plusieurs jours plus tard.

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