Les États-Unis envisagent un réajustement de leur politique envers l’Érythrée, longtemps tenue à distance par un régime de sanctions et une relation diplomatique minimale. Selon une enquête du The Wall Street Journal, Washington explore désormais la possibilité d’un dialogue direct avec Asmara, avec en toile de fond un objectif prioritaire : sécuriser la mer Rouge.
Depuis deux décennies, la politique américaine reposait sur l’isolement d’un régime jugé autoritaire, marqué par un service militaire à durée indéterminée et des restrictions sévères des libertés. Cette stratégie n’a pas produit d’ouverture notable. Elle évolue aujourd’hui vers une logique plus pragmatique : réintégrer un acteur géographiquement incontournable dans une architecture de sécurité régionale.
Des contacts exploratoires auraient été engagés, impliquant notamment des relais régionaux comme l’Égypte. L’idée d’un allègement partiel des sanctions est évoquée comme levier de discussion.
La mer Rouge au cœur des enjeux stratégiques
Le repositionnement américain s’explique d’abord par la dégradation de la sécurité maritime. Le détroit de Bab el-Mandeb voit transiter environ 10 à 12 % du commerce maritime mondial, ainsi que plusieurs millions de barils de pétrole chaque jour. Les attaques menées par les Houthis contre des navires commerciaux ont mis en évidence la vulnérabilité de cet axe.
Dans ce contexte, l’Érythrée dispose d’un avantage décisif. Avec plus de mille kilomètres de littoral le long de la côte dankalia, le pays occupe une position d’observation et, potentiellement, d’appui logistique. Cette réalité redonne de la valeur stratégique à un État jusqu’ici marginalisé, en contraste avec les fragilités internes souvent relevées.
Ce repositionnement s’inscrit dans un environnement régional tendu, marqué par les tensions entre Éthiopie et Érythrée autour de l’accès à la mer. Dans le même temps, les rivalités entre puissances au Moyen-Orient se prolongent désormais dans l’espace de la mer Rouge
Dans ce contexte élargi, cette évolution n’est pas sans susciter des critiques. Des organisations comme Freedom House continuent de classer le pays parmi les plus restrictifs en matière de libertés. Elle traduit une tendance plus large : les priorités stratégiques, notamment la sécurité maritime, tendent à primer sur les considérations politiques internes.




